Un homme étrange... (Chapitre 1)

Mis à jour : mai 4

Dans un très grand immeuble à Paris, au dernier étage, vivait un très grand homme. Cet homme était si grand qu’il était obligé de se voûter pour pouvoir circuler dans les pièces de son appartement. Malgré son apparence très imposante, ce très grand homme, qui se prénommait Arnolphe, avait peur de tout. Il avait peur du feu, des araignées, des catastrophes naturelles, mais surtout, des autres : de ses voisins, de ses collègues de travail, et même de la boulangère chez qui il achetait sa baguette et, le dimanche, un éclair au chocolat. Ce n’est pas qu’il n’aimait pas les autres, non, c’était tout simplement qu’il en avait peur. Alors Arnolphe, pour éviter d’avoir à affronter le monde, avait choisi de créer chez lui son propre monde, un monde imaginaire, un monde dont il serait le seul maître.

Dans le monde imaginaire d’Arnolphe, tout était calme, serein, et apaisé. Il lisait beaucoup de livres, avec son chat sur les genoux qui lui tournait les pages. Il dessinait aussi, avec son chat sur le bureau qui lui tendait la gomme. Il ne regardait jamais la télévision car la télévision, c’est un peu du monde extérieur, du monde des autres, qui rentre chez vous.

Arnolphe avait un meilleur ami. Après avoir organisé un grand concours entre le chat et son ours en peluche, Arnolphe avait décidé de décerner le « Grand Prix du Meilleur Ami » à son ours, Léon. Car son ours Léon ne parlait jamais, ne le griffait jamais, ne le fuyait jamais, au contraire du chat : Arnolphe pouvait être le maître de l’ours. Le jour où Arnolphe décida de cela, il acheta deux éclairs au chocolat et en proposa un à l’ours. Et, comme tout, dans la tête d’Arnolphe, est possible, il vit à sa grande surprise l’ours dévorer l’éclair au chocolat, et même, en demander un autre.

Peu à peu, Arnolphe prit l’habitude de tout faire avec son ours : le soir, il lui racontait sa journée, il dormait avec lui, et le matin, ils prenaient ensemble leur petit-déjeuner. Il se retenait pour ne pas emmener Léon avec lui au travail, car il était certain que la présence de Léon l’aurait rassuré, dans son bureau, à la cantine, et en salle de réunion. Mais Arnolphe était maintenant profondément heureux, et même le chat avait fini par s’habituer à la situation...



















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