Panique chez Arnolphe (Chapitre 5)

Mis à jour : mai 4

Pendant toute cette discussion, ou plutôt, cet interrogatoire, Arnolphe dormait à poings fermés. Il n'avait pas senti qu'on lui retirait la peluche Léon des bras car les petites souris étaient très astucieuses et pleines de délicatesse - quand elles le voulaient bien.


Mais, à son réveil, la première chose que constata Arnolphe fut la disparition de Léon.


Il retourna les draps, la couette, les oreillers, fouilla tous ses tiroirs, ses armoires, ses boîtes à chaussures, même son panier de linge sale, mais il n'y avait aucune trace de Léon à l'horizon. Arnolphe sentait que ses yeux le picotaient, le brûlaient presque, ce qui était le signe chez lui qu'il était sur le point de se mettre à pleurer. A un moment, il n'y tint plus, et s'effondra sur le tabouret de la cuisine pour pleurer à chaudes larmes. Comment Léon avait-il pu disparaître ? Et sans le prévenir encore ? Etait-il parti en vacances à la mer ou à la montagne sans le lui dire ? En avait-il eu assez de ce tout petit appartement parisien et avait-il voulu voyager ? Etait-il, au moment même où Arnolphe pleurait, dans un avion en partance pour les îles paradisiaques dont on parlait tant et tant, ou même, déjà arrivé sur une des îles paradisiaques, allongé sur la plage, en train de boire un smoothie en bronzant ses poils déjà bien bruns ? Ou, plus simplement, avait-il traversé la rue pendant la nuit et s'était-il fait renverser ? Etait-il mort, ou blessé, dans un hôpital inconnu d'Arnolphe ?


Arnolphe préférait ne pas songer à cette sombre hypothèse, mais, pour se tranquilliser, il téléphona à tous les hôpitaux parisiens pour en avoir le coeur net. Cela pouvait paraître étrange qu'un homme se lançât ainsi à la recherche d'un ours en peluche vivant, et les secrétaires des hôpitaux le prenaient souvent pour un fou, et le plaignaient d'avoir perdu la raison.


Le petit chat d'Arnolphe l'aidait comme il le pouvait, en lui caressant les jambes et en se pelotonnant sur ses genoux pendant le petit-déjeuner - le premier petit-déjeuner qu'il prenait seul, sans Léon, depuis des années. Arnolphe n'avait pas faim. Il contemplait ses tartines beurrées mais ne parvenait pas à les manger. Il faillit même téléphoner à son travail pour dire qu'il était malade et pouvoir passer la journée à retourner entièrement l'appartement à la recherche de Léon. Mais il était bien trop timide pour faire une chose pareille, et bien trop droit pour mentir à son chef. Il partit au travail la mort dans l'âme, dans l'incompréhension la plus totale, et avec le fol espoir que lorsqu'il rentrerait à la maison le soir, Léon l'attendrait comme d'habitude sur le fauteuils à fleurs du salon, un livre à la main.


2020, Tous droits réservés, Mathilde Arrigoni Mazaury